thuillier:thuillier-descartes
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| + | Situons bien le point crucial : “la nature”, désormais, était débarrassée de toutes les “âmes” et autres “principes vitaux” que les Anciens y avaient mis. Seules y régnaient des lois déterminées de façon inflexible par le Dieu Ingénieur. Les mécaniciens pouvaient être satisfaits et fiers. Car il ne fallait pas s’y tromper: c’était l’efficacité de leurs machines et de leurs méthodes qui avait conduit l’Occident à considérer la nature comme intégralement “mécanisable”. | ||
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| + | Le Français René Descartes avait été le grand promoteur de cette philosophie. Il pensait que, grâce à elle, il serait possible d’édifier une nouvelle « physique », c’est-à-dire une science universelle d’où sortiraient « toutes les autres sciences, à savoir la Médecine, la Mécanique et la Morale ». Comme l’indique cette liste, ce grand projet était éminemment pratique. Dans une œuvre qu’admiraient passionnément les Occidentaux, | ||
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| + | Ces derniers mots résumaient ce qu’on peut considérer comme le programme majeur des Occidentaux modernes : devenir maîtres et possesseurs de la nature. Leur principal souci, à l’avenir, serait de s’approprier la nature et de l’exploiter sans relâche grâce à des méthodes de plus en plus efficaces. Descartes croyait intensément à l’invention et, comme l’indiquait son biographe, voulait même créer une sorte d’École des arts et métiers destinée aux divers représentants des “arts mécaniques”. On y aurait trouvé « diverses grandes salles », une par corps de métier ; et à chaque salle aurait été joint un « cabinet rempli de tous les instruments mécaniques nécessaires ou utiles aux Arts qu’on y devait enseigner ». Des crédits ad hoc auraient été prévus « non seulement pour fournir aux dépenses que demanderaient les expériences, | ||
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| + | Contrairement à ce que suggéraient certains historiens, c’était un bon chrétien. Reprenant un argument proposé par un scolastique du XIe siècle, il avait même prétendu démontrer logiquement et définitivement l’existence de Dieu. En ce sens, on peut voir en lui un grand héritier du Moyen Âge, le parfait théoricien de ce que le professeur Dupin appelait l’activisme christiano-mercantile. Comme ses prédécesseurs théologiens, | ||
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| + | C’est pourquoi l’Occident a voué un tel culte à Descartes jusqu’à la Grande Implosion. Par son ascendance chrétienne, | ||
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| + | Descartes, tout compte fait, a été une sorte de curé laïque merveilleusement adapté aux besoins de la culture bourgeoise. Très vraisemblablement, | ||
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| + | Notre groupe, une fois de plus, n’a pu que constater les bizarreries et les paradoxes des coutumes occidentales. Il n’en fallait pas douter : si les sociétés industrielles avaient fait de Descartes une grande figure symbolique, c’était pour des motifs très “réalistes”. Il était avant tout l’un des pères fondateurs de la science. Son modèle de l’univers, | ||
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| + | Il fallait donc dire merci à Descartes, héraut de la modernité. Mais la médaille avait son revers. Nous l’avons constaté au passage, le cartésianisme consacrait une rupture certainement irréversible entre les hommes et l’Univers. Dans l’histoire poétique de l’Occident, | ||
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| + | Les hommes, tels que les concevait Descartes, habiteraient désormais un univers mort. Et la suite était facile à deviner : dans cet univers mort, ils mourraient à leur tour. Pourquoi les Occidentaux n’ont-ils pas écouté les quelques penseurs lucides qui avaient tenté de les mettre en garde ? Pourquoi ont-ils ignoré, par exemple, le diagnostic formulé en 1935 par l’Allemand Edmund Husserl ? Il voyait dans les débordements tyranniques de la science moderne « la source de toutes nos détresses ». Ce n’était pas par inadvertance qu’il employait un mot aussi fort. Car il insistait : « Notre problème de la crise nous amène à montrer comment il se fait que notre époque moderne, qui, pendant des siècles, put se glorifier de ses succès théoriques et pratiques, s’enfonce finalement dans un malaise croissant et doive même éprouver sa situation comme une situation de détresse. » La conférence dans laquelle Husserl s’exprimait ainsi portait un titre évoquant La crise de l’humanité européenne. Qu’eût-il dit s’il avait pu observer les délires de la décennie 1990-2000 ? | ||
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| + | À côté de l’expression de “désenchantement du monde”, il en existait d’autres à peu près équivalentes, | ||
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| + | Mais, tout bien pesé, nous avons estimé qu’il était plus suggestif de parler du “désenchantement” opéré par la pensée cartésienne. Dorénavant, | ||
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| + | Les Chinois, par exemple, discernaient dans l’univers le jeu de deux principes, le Yin (féminin) et le Yang (masculin). Ainsi étaient instaurées entre les hommes et les choses (et entre les choses elles-mêmes) une multitude d’harmonies, | ||
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| + | Dans toutes les cultures dites “primitives” existaient des croyances de ce type. Comme dans le monde des sorcières, tout était plein de secrets, d’âmes et de messages. Même les pierres participaient à la vie universelle. «Autrefois, | ||
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| + | René Descartes, bien sûr, avait seulement donné le coup de cymbales final. Au XVIe siècle, ainsi que le signalait Ioan Couliano, une sévère censure de l’imagination symbolique s’était déjà mise en place. Beaucoup de grands esprits de la Renaissance, | ||
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