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alain:alain-prieres [30/12/2025 12:14] – created - external edit 127.0.0.1alain:alain-prieres [27/01/2026 16:49] (current) mccastro
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-====== Alain: Prières ======+====== Prières ======
  
 Demander est le moyen. Savoir demander est le premier savoir. Et le langage, à parler exactement, est la plus ancienne méthode d'action. Cela commence au cri, qui est d'abord la seule puissance de l'enfant, puissance qui meut de loin et sans contact L'école du vouloir, c'est la persuasion. Reconnaître, sourire, nommer, est même souvent la condition pour obtenir une chose, qui sans cela est montrée seulement et refusée. Il le faut bien. La politesse est moyen et outil bien avant l'arc et la flèche. Et ce pouvoir des noms reste mêlé à nos pouvoirs physiques. Nous parlons aux choses. Vainement on considérera le langage de tous les côtés ; on n'arrivera pas à comprendre assez que le langage est toujours notre premier essai de connaître ou de changer quoi que ce soit. Et la condition inévitable de nommer avant de connaître expliquerait tous les détours du savoir. Nous parlons et racontons, aux autres et à nous-mêmes. Notre vie pensante est premièrement un discours, qui traverse même le sommeil. Mais ce qui est surtout à remarquer, c'est une avance du discours sur la pensée ; ce qui serait peu croyable, si l'on ne comprenait pas que l'enfant parle naturellement avant de savoir ce qu'il dit. Analysez le dialogue entre la mère et l'enfant, vous verrez que l'enfant renvoie les mots comme des balles, et admire qu'il s'entende lui-même comme il entend l'autre ; cette sorte d'écho est le premier sens du langage, et le sera toujours. Cette résonance humaine se développe en musique ; mais d'autre part la musique des mots se développe en magie, par la nécessité de prier continuellement tous les génies familiers maîtres des jouets, maîtres des fruits, seigneurs souverains des portes, fenêtres, et escaliers. Cette méthode d'obtenir, qui est d'abord la seule, et longtemps la principale, rend compte d'une fonction des mots que l'on oublie presque toujours, d'après cette idée que l'on forme d'abord la connaissance, et qu'on l'exprime ensuite. Or, si la connaissance d'un objet résulte toujours des essais par lesquels on l'atteint, on le manie, on le conquiert, il est clair, seulement par la faiblesse première de l'enfant, que le langage est la première manière de conquérir, et donc la première connaissance. Les noms de personne, les politesses, les cris imitatifs, les noms communs, sont d'abord directement liés à nos besoins, à nos peurs, à nos affections, à nos désirs, et sont tous, à vrai dire, des « Sésame, ouvre-toi ». L'incantation, qui fait paraître ce qu'on nomme, seulement par l'exactitude, la répétition et l'obstination, est la première physique. Et cette position d'attente et d'espérance est ce qui conserve aux mots leur puissance d'exprimer. Le mouvement de la poésie, et même du simple récit, va à donner l'existence à ce qu'on nomme, à la donner presque ; et la position de l'auditeur, encore mieux quand il est aussi récitant, est une attente selon la première enfance. Schéhérazade recouvre un récit par un récit, et recule l'exécution ; cette histoire des histoires ne fait que redoubler la curiosité de miracle, toujours trompée par d'autres promesses. Dans le moment que l'on espère voir, d'autres fantômes sont annoncés ; il faut courir, il faut renoncer, il faut espérer toujours. Orphée ramenant Eurydice, c'est le texte de toute l'imagination. Car il est vrai que les émotions comme la peur, l'anxiété, la surprise, donnent une sorte de présence en notre corps, et pour le toucher, qui est, comme on voit, le plus trompeur des sens ; et il est vrai aussi, que nos sens sont remués par le sang et les humeurs de façon à produire des commencements de fantômes, tels que bourdonnements, nappes de couleurs, mouches volantes, fourmillements, salivation, nausées, et autres effets de l'attente passionnée ; mais ces formes mouvantes, si nous y faisions attention, ne nous présenteraient jamais que la structure de notre propre corps, et encore en un mouvement de fleuve. Toutefois ce murmure du corps à lui-même est effacé par le discours qui est un objet réellement produit et réellement perçu. La conjuration par les paroles fait donc surgir premièrement les génies de la chair et du sang, mais aussitôt les disperse par la déclamation rituelle, solennelle, qui ouvre sur l'événement une porte de silence. Ces effets sont puissants au théâtre, et font comprendre que l'on ait renvoyé l'action au dehors ; car c'est l'attente qui comble l'attente. Demander est le moyen. Savoir demander est le premier savoir. Et le langage, à parler exactement, est la plus ancienne méthode d'action. Cela commence au cri, qui est d'abord la seule puissance de l'enfant, puissance qui meut de loin et sans contact L'école du vouloir, c'est la persuasion. Reconnaître, sourire, nommer, est même souvent la condition pour obtenir une chose, qui sans cela est montrée seulement et refusée. Il le faut bien. La politesse est moyen et outil bien avant l'arc et la flèche. Et ce pouvoir des noms reste mêlé à nos pouvoirs physiques. Nous parlons aux choses. Vainement on considérera le langage de tous les côtés ; on n'arrivera pas à comprendre assez que le langage est toujours notre premier essai de connaître ou de changer quoi que ce soit. Et la condition inévitable de nommer avant de connaître expliquerait tous les détours du savoir. Nous parlons et racontons, aux autres et à nous-mêmes. Notre vie pensante est premièrement un discours, qui traverse même le sommeil. Mais ce qui est surtout à remarquer, c'est une avance du discours sur la pensée ; ce qui serait peu croyable, si l'on ne comprenait pas que l'enfant parle naturellement avant de savoir ce qu'il dit. Analysez le dialogue entre la mère et l'enfant, vous verrez que l'enfant renvoie les mots comme des balles, et admire qu'il s'entende lui-même comme il entend l'autre ; cette sorte d'écho est le premier sens du langage, et le sera toujours. Cette résonance humaine se développe en musique ; mais d'autre part la musique des mots se développe en magie, par la nécessité de prier continuellement tous les génies familiers maîtres des jouets, maîtres des fruits, seigneurs souverains des portes, fenêtres, et escaliers. Cette méthode d'obtenir, qui est d'abord la seule, et longtemps la principale, rend compte d'une fonction des mots que l'on oublie presque toujours, d'après cette idée que l'on forme d'abord la connaissance, et qu'on l'exprime ensuite. Or, si la connaissance d'un objet résulte toujours des essais par lesquels on l'atteint, on le manie, on le conquiert, il est clair, seulement par la faiblesse première de l'enfant, que le langage est la première manière de conquérir, et donc la première connaissance. Les noms de personne, les politesses, les cris imitatifs, les noms communs, sont d'abord directement liés à nos besoins, à nos peurs, à nos affections, à nos désirs, et sont tous, à vrai dire, des « Sésame, ouvre-toi ». L'incantation, qui fait paraître ce qu'on nomme, seulement par l'exactitude, la répétition et l'obstination, est la première physique. Et cette position d'attente et d'espérance est ce qui conserve aux mots leur puissance d'exprimer. Le mouvement de la poésie, et même du simple récit, va à donner l'existence à ce qu'on nomme, à la donner presque ; et la position de l'auditeur, encore mieux quand il est aussi récitant, est une attente selon la première enfance. Schéhérazade recouvre un récit par un récit, et recule l'exécution ; cette histoire des histoires ne fait que redoubler la curiosité de miracle, toujours trompée par d'autres promesses. Dans le moment que l'on espère voir, d'autres fantômes sont annoncés ; il faut courir, il faut renoncer, il faut espérer toujours. Orphée ramenant Eurydice, c'est le texte de toute l'imagination. Car il est vrai que les émotions comme la peur, l'anxiété, la surprise, donnent une sorte de présence en notre corps, et pour le toucher, qui est, comme on voit, le plus trompeur des sens ; et il est vrai aussi, que nos sens sont remués par le sang et les humeurs de façon à produire des commencements de fantômes, tels que bourdonnements, nappes de couleurs, mouches volantes, fourmillements, salivation, nausées, et autres effets de l'attente passionnée ; mais ces formes mouvantes, si nous y faisions attention, ne nous présenteraient jamais que la structure de notre propre corps, et encore en un mouvement de fleuve. Toutefois ce murmure du corps à lui-même est effacé par le discours qui est un objet réellement produit et réellement perçu. La conjuration par les paroles fait donc surgir premièrement les génies de la chair et du sang, mais aussitôt les disperse par la déclamation rituelle, solennelle, qui ouvre sur l'événement une porte de silence. Ces effets sont puissants au théâtre, et font comprendre que l'on ait renvoyé l'action au dehors ; car c'est l'attente qui comble l'attente.
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