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| ====== Les deux attitudes de l'ésotérisme moderne (SE:69-81) ====== | ====== As duas atitudes do esoterismo moderno (SE:69-81) ====== |
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| Contemporaine de la crise des sciences occidentales, la révolution husserlienne marque pour l'Occident un renouvellement radical quant à l'étude du fondement de ses sciences et à l'exercice des pouvoirs de l'esprit, et son importance ne saurait être comparée qu'à celle de la révolution cartésienne et galiléenne dont elle accomplit et subvertit le sens. Pour prévenir toute erreur d'interprétation, on rappellera tout de suite que cette phénoménologie refuse de s'inscrire linéairement dans la suite des sciences et des philosophies européennes, et qu'elle se donne comme le produit d'un retour sur elles-mêmes de ces philosophies et de ces sciences : comme la méthode cartésienne, elle se veut science des sciences, philosophie des philosophies, science du commencement radical de la connaissance. Cependant, il paraît clair qu'elle sera d'effet plus lent que la révolution cartésienne : elle appelle une ascèse intellectuelle plus étendue. Descartes acceptait l'évidence de l'expérience naturelle, Husserl ne l'accepte pas. Dès lors, il ne faut pas s'étonner si l'ésotérisme contemporain, qui vit sur l'impulsion que lui a donnée un traditionnaliste tel que René Guenon, ne s'est pas encore laissé pénétrer par les méthodes de phénoménologie transcendentale et s'il continue à faire preuve, à l'égard de toute philosophie occidentale, de la méfiance la moins justifiée. | RA1965 |
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| Rien de plus convergent pourtant que les enseignements de ce qu'on appelle la Tradition et les résultats de cette phénoménologie. Il faut d'abord souligner la parenté du « Je » transcendental, de « l'homme intérieur » de saint Paul et de l'Atman des védantistes. Mais il faut considérer surtout comment, en donnant à la structure de la vision absolue valeur de fondement ontologique unique, cette même phénoménologie se trouve éclairer du dedans certains dogmes traditionnels transmis par voie d'autorité, tel celui des six jours, qui décrit toute genèse, ou expliciter des structures mystérieuses comme celle des tarots d'Hermès et de l'alphabet hébraïque. Il entre dans l'objet de la collection « Correspondances » de procéder à ce sujet aux démonstrations nécessaires qui ne peuvent évidemment trouver leur place dans cette introduction. | Contemporânea da crise das ciências ocidentais, a revolução husserliana marca para o Ocidente um renovamento radical quanto ao estudo do fundamento de vossas ciências e ao exercício dos poderes do espírito, e vossa importância não poderia ser comparada senão àquela da revolução cartesiana e galileana, da qual ela realiza e subverte o sentido. Para prevenir qualquer erro de interpretação, recordar-se-á imediatamente que esta fenomenologia recusa inscrever-se linearmente na sucessão das ciências e das filosofias europeias, e que se apresenta como o produto de um retorno sobre si mesmas dessas filosofias e dessas ciências: como o método cartesiano, ela pretende ser ciência das ciências, filosofia das filosofias, ciência do começo radical do conhecimento. Contudo, parece claro que ela será de efeito mais lento que a revolução cartesiana: ela exige uma ascese intelectual mais extensa. Descartes aceitava a evidência da experiência natural; Husserl não a aceita. Por conseguinte, não deveis surpreender-vos se o esoterismo contemporâneo, que vive sob o impulso que lhe deu um tradicionalista como René Guénon, ainda não se deixou penetrar pelos métodos da fenomenologia transcendental e se continua a demonstrar, em relação a toda filosofia ocidental, a desconfiança menos justificada. |
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| Cependant, c'est surtout l'esprit dans lequel sont poursuivies aujourd'hui les recherches ésotériques qui nous semble devoir faire l'objet, ici, de la plus stricte révision. Malgré les bonnes intentions affirmées par les ésotéristes « traditionnels », l'ésotérisme apparaît surtout aux yeux du public comme un réquisitoire contre le monde et la science modernes. Au début de la préface de son ouvrage fondamental : le Règne de la quantité et les Signes des temps, René Guenon indique que tout, dans la manifestation, fait partie du plan de Dieu et possède de ce fait un sens positif. C'est dans cet esprit que le serviteur de Dieu disait déjà à Iaweh : « Vous ne sauriez rien haïr de ce que vous avez fait. » On ne peut cependant dissimuler qu'au lieu de se consacrer, dans la ligne de ce propos, à l'élucidation du sens de toutes choses, même et surtout de celles qui sont en apparence, pour le sens commun, les plus aberrantes, l'ésotérisme dit traditionnel se transforme le plus souvent, à la suite de Guenon lui-même, en un long pamphlet et que, au nom de la sagesse de l'ancien Orient, son jugement sur l'Occident et ses doctrines se résume en un pur et simple anathème. En se créant ainsi des adversaires et en se battant sur leur terrain, l'ésotérisme laisse croire qu'il peut effectivement avoir des adversaires, et surtout qu'il ne possède pas un champ d'action lui appartenant en propre, où tout « ennemi » devient justement, dans l'interdépendance universelle et en tant que pôle de structure et que porteur de sens, un allié. Or, une fois de plus, la structure devrait être ici plus importante que le « fait » ou « l'événement » qu'elle enferme et dont elle intègre la partialité. La raison profonde de cette attitude polémique est que cet ésotérisme n'a pas réellement opéré la conversion de l'ancien objectivisme naïf, et que, donnant un sens absolu à des « faits » séparés, « l'intersubjectivité » n'est encore pour lui qu'un mot. | Nada há de mais convergente, todavia, do que os ensinamentos daquilo que se denomina Tradição e os resultados desta fenomenologia. Cumpre primeiramente sublinhar o parentesco do Eu transcendental, do homem interior de São Paulo e do Atman dos vedantistas. Mas importa considerar sobretudo como, ao conferir à estrutura da visão absoluta o valor de fundamento ontológico único, esta mesma fenomenologia se encontra a iluminar por dentro certos dogmas tradicionais transmitidos por via de autoridade, tal como o dos seis dias, que descreve toda gênese, ou a explicitar estruturas misteriosas como a dos tarôs de Hermes e do alfabeto hebraico. Entra no objeto da coleção Correspondances proceder a esse respeito às demonstrações necessárias que não podem, evidentemente, encontrar lugar nesta introdução. |
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| Nous aurions évidemment, pour notre part, à chercher aussi le sens de cette survivance de la polémique au sein de la « science sacrée », et à nous interroger pour savoir si la polémique que nous engageons sur le sens de la polémique est aussi de la polémique. Pourtant, cette précaution nous paraîtra de plus en plus superflue au fur et à mesure que les pouvoirs intérieurs transfigureront pour nous tout instrument extérieur et que la doctrine même de la transfiguration sera réellement vécue et incarnée. Reste qu'il sera essentiel de faire en tout « ésotériste », et par exemple en Guenon, le partage de la négativité et de la positivité. C'est là une oeuvre de longue haleine et que nous n'avons ni l'ambition ni la possibilité de mener de façon abrupte. Le lecteur s'apercevra, par exemple, que l'essai de Paub Sérant, qui fait suite à cette introduction, est d'inspiration beaucoup plus guénonienne qu'husserlienne, et même que Guenon y est souvent présent, tandis que Husserl ne l'y est pas du tout. Nous pourrions dire ici que nous n'acceptons pas bon nombre des jugements de Paul Sérant si nous ne donnions pas son texte justement pour ce qu'il est, le témoignage d'un certain état provisoire de la conscience moderne devant un ésotérisme en plein mouvement. Sérant oppose « sociétés traditionnelles » et « société moderne » d'une manière linéaire, sans considérer que les « vices » ou les « contraintes » de la société actuelle sont la condition nécessaire d'une prise de conscience plus haute de la Tradition elle-même. Sa condamnation du progrès technique procède d'une aliénation du champ de la connaissance transcendentale dans le champ de la technique. Cependant, tandis que Guenon laisse « l'initiation » prisonnière d'un formalisme ritualiste que l'initiation a justement pour but d'élucider, sinon d'abolir, et qu'il discute de la valeur de ce formalisme d'une façon formelle, au lieu d'en examiner la substance, Sérant laisse le problème ouvert. Mais, c'est parce qu'il n'essaie pas encore de faire de la contemplation le paroxysme de la méditation, un paroxysme ineffable, certes, mais dont l'approche ne l'est pas, que le mot « connaissance » y reste coupé de ses pouvoirs de communication et que le « dialogue » avec le non-ésoté-riste ne se noue pas. Mais ces points sont justement ceux par lesquels certaines consciences modernes, notamment celles qui ont été formées par le christianisme traditionnaliste, peuvent le mieux amorcer leur compréhension de la simultanéité, et il est certain que la collection « Correspondances » a intérêt au stade actuel à refuser même l'apparence d'être une orthodoxie. Aussi, pour m'en tenir au problème du progrès, me bornerai-je ici à poser mon propre problème, qui n'est pas de porter sur le « progrès » un jugement de valeur, -¦ qui impliquerait qu'un choix est à faire entre le progrès et la Tradition, - mais de situer les champs respectifs de la technique et de la gnose et de montrer comment ces champs respectivement s'intègrent l'un dans l'autre, chacun irremplaçable et nécessaire dans son ordre. Pour préciser ma position, j'ajouterai qu'il me paraît peu rigoureux, quant à la conduite de la pensée, de déclarer que la bombe atomique est « terrifiante » et d'accuser la société qui la produit, tant qu'on n'a pas mis en cause au fond de soi-même la notion subjective et naïve de terreur, et même celle de société, pour en relativiser le sens. Spinoza a déjà dit que la paix n'est pas l'absence de guerre mais une vertu de l'âme. | Entretanto, é sobretudo o espírito no qual são prosseguidas hoje as pesquisas esotéricas que nos parece dever ser objeto, aqui, da mais estrita revisão. Apesar das boas intenções afirmadas pelos esoteristas tradicionais, o esoterismo aparece sobretudo aos olhos do público como um libelo contra o mundo e a ciência modernos. No início do prefácio de vossa obra fundamental: O Reino da Quantidade e os Sinais dos Tempos, René Guénon indica que tudo, na manifestação, faz parte do plano de Deus e possui, por esse fato, um sentido positivo. É nesse espírito que o servo de Deus já dizia a Iahweh: Vós não poderíeis odiar nada do que fizestes. Não se pode, contudo, dissimular que, em vez de se consagrar, na linha deste propósito, à elucidação do sentido de todas as coisas, mesmo e sobretudo daquelas que são aparentemente, para o senso comum, as mais aberrantes, o esoterismo dito tradicional se transforma o mais das vezes, na esteira do próprio Guénon, em um longo panfleto e que, em nome da sabedoria do antigo Oriente, seu julgamento sobre o Ocidente e vossas doutrinas se resume em um puro e simples anátema. Ao criar assim adversários e ao lutar em vosso terreno, o esoterismo deixa crer que pode efetivamente ter adversários, e sobretudo que não possui um campo de ação que lhe pertença propriamente, onde todo inimigo se torna justamente, na interdependência universal e enquanto polo de estrutura e portador de sentido, um aliado. Ora, uma vez mais, a estrutura deveria ser aqui mais importante que o fato ou o evento que ela encerra e do qual integra a parcialidade. A razão profunda desta atitude polêmica é que este esoterismo não operou realmente a conversão do antigo objetivismo ingênuo, e que, conferindo um sentido absoluto a fatos separados, a intersubjetividade ainda não passa, para ele, de uma palavra. |
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| Il n'en demeure pas moins que deux voies d'accès à l'ésotérisme paraissent aujourd'hui possibles. La première est celle que Guenon a voulu tracer avec rigueur en retrouvant les enseignements des Anciens, notamment ceux de l'Inde, et en les proposant aux Occidentaux, tout en mettant en évidence le caractère « non-traditionnel », « dangereux » ou « illusoire » de la science et de la philosophie de ces derniers. Tout ce que je peux dire, c'est que cette voie n'est pas, ou plutôt, n'est plus la mienne, même si je persiste à penser que la Bhagavad-Gîta par exemple est une œuvre admirable et d'un prodigieux pouvoir de conversion et si j'estime que les analyses guénoniennes sont venues à point nommé mettre une indispensable rigueur dans le fatras occultiste du xixe siècle. Mais Guenon ferme les problèmes, tandis que Husserl les ouvre. Et il y a bien des façons d'être éclairé par la Gîta. Guenon a d'ailleurs, sauf erreur, cessé assez vite de s'intéresser aux préoccupations fondamentales des chercheurs occidentaux. Bien que contemporain de Husserl, il ne paraît pas avoir attaché d'importance à son œuvre. Il paraît avoir également ignoré Hubert, le fondateur de l'axiomatique, qui a posé les problèmes ultimes des mathématiques et éclairé leur crise. Le grand débat moderne sur l'intuitionnisme et le formalisme ne paraît pas l'avoir touché. Ainsi retranché de l'Occident réellement vivant, il n'est pas surprenant que Guenon ait essayé de le convertir de l'extérieur, et que cette conversion reste chez lui marquée d'un littéralisme et d'un ritualisme qui, c'est un fait, contredisent depuis Descartes au génie de l'Occident. D'où également le peu d'intérêt qu'il porte aux problèmes éthiques et esthétiques en tant qu'expressions particulières de notre drame. Par contre on ne saurait imputer à l'œuvre guénonienne le fait qu'elle n'est pas encore sortie des débats d'école : en Occident, aucune minorité avancée ne pourra de longtemps avoir la prétention d'agir de façon visible. Simplement, une autre voie se dessine, celle-là de l'intérieur même de l'Occident, pour tous ceux qui vivent la crise de nos sciences et de nos philosophies et épuisent cette crise par son paroxysme même. Pour ceux-là, il s'agit moins de mettre en cause les produits de la science, - ce qui est une attitude négative, - que de procéder à l'élucidation positive de ses fondements. Pour ceux-là, la connaissance des enseignements de la Tradition, si érudite et rigoureuse soit-elle, exige d'être fondue dans la matière de leur expérience particulière d'Occidentaux, et tout annonce que la Tradition, à son tour éclairée du dedans, en recevra l'expression nouvelle la mieux adaptée au pouvoir de conversion qu'elle doit exercer dans la future pentecôte. | Teríamos evidentemente, por nossa parte, de buscar também o sentido desta sobrevivência da polêmica no seio da ciência sagrada, e de nos interrogar para saber se a polêmica que travamos sobre o sentido da polêmica é também polêmica. Todavia, esta precaução nos parecerá cada vez mais supérflua à medida que os poderes interiores transfigurarem para nós todo instrumento exterior e que a própria doutrina da transfiguração for realmente vivida e encarnada. Resta que será essencial fazer em todo esoterista, e por exemplo em Guénon, a partilha da negatividade e da positividade. Trata-se de uma obra de fôlego e que não temos nem a ambição nem a possibilidade de conduzir de modo abrupto. O leitor perceberá, por exemplo, que o ensaio de Paul Sérant, que sucede a esta introdução, é de inspiração muito mais guenoniana do que husserliana, e até mesmo que Guénon nele está frequentemente presente, ao passo que Husserl não o está de modo algum. Poderíamos dizer aqui que não aceitamos boa parte dos julgamentos de Paul Sérant se não apresentássemos seu texto justamente pelo que ele é: o testemunho de um certo estado provisório da consciência moderna diante de um esoterismo em pleno movimento. Sérant opõe sociedades tradicionais e sociedade moderna de uma maneira linear, sem considerar que os vícios ou as coerções da sociedade atual são a condição necessária de uma tomada de consciência mais alta da própria Tradição. Vossa condenação do progresso técnico procede de uma alienação do campo do conhecimento transcendental no campo da técnica. Contudo, enquanto Guénon deixa a iniciação prisioneira de um formalismo ritualista que a iniciação tem justamente por fim elucidar, se não abolir, e discute o valor desse formalismo de uma maneira formal, em vez de lhe examinar a substância, Sérant deixa o problema aberto. Mas é porque ele ainda não tenta fazer da contemplação o paroxismo da meditação — um paroxismo inefável, decerto, mas cuja aproximação não o é — que a palavra conhecimento permanece ali cortada de vossos poderes de comunicação e que o diálogo com o não esoterista não se estabelece. Mas estes pontos são justamente aqueles pelos quais certas consciências modernas, notadamente aquelas que foram formadas pelo cristianismo tradicionalista, podem melhor iniciar vossa compreensão da simultaneidade, e é certo que a coleção Correspondances tem interesse, no estágio atual, em recusar até mesmo a aparência de ser uma ortodoxia. Assim, para me deter ao problema do progresso, limitar-me-ei aqui a colocar meu próprio problema, que não é o de proferir sobre o progresso um julgamento de valor — o que implicaria que uma escolha deve ser feita entre o progresso e a Tradição —, mas o de situar os campos respectivos da técnica e da gnose e mostrar como esses campos respectivamente se integram um no outro, cada qual insubstituível e necessário em vossa ordem. Para precisar minha posição, acrescentarei que me parece pouco rigoroso, quanto à condução do pensamento, declarar que a bomba atômica é aterrorizante e acusar a sociedade que a produz, enquanto não se houver posto em causa, no fundo de si mesmo, a noção subjetiva e ingênua de terror, e mesmo a de sociedade, para lhes relativizar o sentido. Espinosa já disse que a paz não é a ausência de guerra, mas uma virtude da alma. |
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| Si la dernière noblesse de l'homme est dans la rigueur intellectuelle, le dernier objet de celle-ci est de s'attacher à la convergence de ces deux voies, dans un effort de synthèse en dehors duquel il n'y aura pas de réelle reconstitution de la Tradition. Ce qui nous gêne dans les Védas, ce n'est pas leur contenu, qui est sublime, c'est qu'ils nous parviennent comme un donné. Nous voudrions écrire nous aussi nos textes sacrés, et à cet égard nous ne pouvons pas nous contenter de faire l'exégèse des Védas. Or, les tenants de l'attitude guénonienne nous paraissent, à tort ou à raison, prendre de plus en plus figure d'exégètes. En tout cas, leur négation de l'Occident les coupe de plus en plus de la problématique occidentale, qui n'est pas seulement ouverte par la superstition de la quantité. Prenons un exemple. Il n'est peut-être pas de problème plus signifiant, aujourd'hui, en Europe, que celui qui se trouve posé dans la vie intime des couples, et de là dans la vie collective, en suite, d'une part, du rapport d'inversion qui joue entre la virilité des femmes et la féminité des hommes, et, d'autre part, de l'inversion de cette inversion, qui marque le dépassement de ce problème et son évanouissement. Cette situation est spécialement européenne : la vie européenne moderne est dominée par la rapide virilisation des femmes et la rapide féminisation des hommes. Or, en un sens, l'accès à la connaissance est commandé par la sortie hors de ce cercle. S'il est évident que cette situation n'est pas neuve, et que par exemple il y est fait allusion dans les écritures tan-triques, on peut à bon droit se demander si, ne l'ayant pas réellement vécue, on serait capable de la reconnaître dans le tantrisme, ou si, au contraire, ce n'est pas grâce à cette expérience vécue que le tantrisme sera enfin compris. A voir avec quel formalisme les traditionalistes continuent à parler de la dialectique du Sauveur-Sauvé sans la faire interférer avec l'expérience charnelle de l'Époux et de l'Épouse, on peut tenir pour assuré que si cette expérience ne leur échappe pas, ils ne savent pas en tout cas la reconnaître pour crucifiante. | Não deixa de ser verdade que duas vias de acesso ao esoterismo parecem hoje possíveis. A primeira é aquela que Guénon quis traçar com rigor ao reencontrar os ensinamentos dos Antigos, nomeadamente os da Índia, e ao propô-los aos ocidentais, ao mesmo tempo em que punha em evidência o caráter não tradicional, perigoso ou ilusório da ciência e da filosofia destes últimos. Tudo o que posso dizer é que esta via não é, ou antes, não é mais a minha, mesmo se persisto em pensar que o Bhagavad-Gita, por exemplo, é uma obra admirável e de um prodigioso poder de conversão, e se estimo que as análises guenonianas vieram a tempo de colocar um indispensável rigor no emaranhado ocultista do século XIX. Mas Guénon fecha os problemas, enquanto Husserl os abre. E há muitas maneiras de ser iluminado pelo Gita. Guénon, de resto, salvo erro, cessou assaz rápido de se interessar pelas preocupações fundamentais dos pesquisadores ocidentais. Embora contemporâneo de Husserl, não parece ter atribuído importância à vossa obra. Parece ter igualmente ignorado Hubert, o fundador da axiomática, que colocou os problemas últimos das matemáticas e iluminou vossa crise. O grande debate moderno sobre o intuicionismo e o formalismo não parece tê-lo tocado. Assim isolado do Ocidente realmente vivo, não é surpreendente que Guénon tenha tentado convertê-lo do exterior, e que esta conversão permaneça nele marcada por um literalismo e um ritualismo que, é um fato, contradizem desde Descartes o gênio do Ocidente. Daí decorre igualmente o pouco interesse que ele dedica aos problemas éticos e estéticos enquanto expressões particulares de nosso drama. Por outro lado, não se poderia imputar à obra guenoniana o fato de ela ainda não ter saído dos debates de escola: no Ocidente, nenhuma minoria avançada poderá por muito tempo ter a pretensão de agir de modo visível. Simplesmente, uma outra via se desenha, esta do interior mesmo do Ocidente, para todos aqueles que vivem a crise de nossas ciências e de nossas filosofias e esgotam esta crise por seu próprio paroxismo. Para estes, trata-se menos de colocar em causa os produtos da ciência — o que é uma atitude negativa — do que de proceder à elucidação positiva de vossos fundamentos. Para estes, o conhecimento dos ensinamentos da Tradição, por mais erudito e rigoroso que seja, exige ser fundido na matéria de vossa experiência particular de ocidentais, e tudo anuncia que a Tradição, por sua vez iluminada por dentro, receberá disso a expressão nova mais bem adaptada ao poder de conversão que ela deve exercer no futuro pentecostes. |
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| | Se a última nobreza do homem está no rigor intelectual, o último objeto desta é dedicar-se à convergência dessas duas vias, em um esforço de síntese fora do qual não haverá real reconstituição da Tradição. O que nos incomoda nos Vedas não é vosso conteúdo, que é sublime, é que eles nos chegam como um dado. Quereríamos escrever nós também nossos textos sagrados e, a esse respeito, não podemos contentar-nos em fazer a exegese dos Vedas. Ora, os partidários da atitude guenoniana parecem-nos, com ou sem razão, assumir cada vez mais a figura de exegetas. Em todo caso, vossa negação do Ocidente corta-os cada vez mais da problemática ocidental, que não é apenas aberta pela superstição da quantidade. Tomemos um exemplo. Talvez não haja problema mais significante, hoje, na Europa, do que aquele que se encontra colocado na vida íntima dos casais, e daí na vida coletiva, em seguida, por um lado, à relação de inversão que atua entre a virilidade das mulheres e a feminilidade dos homens, e, por outro lado, à inversão desta inversão, que marca a superação deste problema e seu esvanecimento. Esta situação é especialmente europeia: a vida europeia moderna é dominada pela rápida virilização das mulheres e pela rápida feminização dos homens. Ora, em um sentido, o acesso ao conhecimento é comandado pela saída para fora deste círculo. Se é evidente que esta situação não é nova, e que por exemplo a ela se faz alusão nas escrituras tântricas, pode-se com bom direito perguntar se, não a tendo realmente vivido, ser-se-ia capaz de a reconhecer no tantrismo, ou se, ao contrário, não é graças a esta experiência vivida que o tantrismo será enfim compreendido. Ao ver com que formalismo os tradicionalistas continuam a falar da dialética do Salvador-Salvo sem a fazer interferir com a experiência carnal do Esposo e da Esposa, pode-se ter por assegurado que, se esta experiência não lhes escapa, eles não sabem, em todo caso, reconhecê-la como crucificante. |
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| | A coleção Correspondances encontra-se assim colocada diante da necessidade de uma síntese cuja dificuldade não escapa a ninguém. Da apresentação literal de um texto tradicional até a reconstituição fenomenológica do simbolismo, passando pelo recenseamento e pela organização objetiva das estruturas psicanalíticas, a distância é considerável. É esta distância que cumpre cobrir. Apresentar, por outro lado, uma metodologia do esoterismo desembocando no limite nesta demonstração de que é preciso abolir o esoterismo, é uma tentativa paradoxal cujo sentido não poderá ser compreendido senão retrospectivamente, ao termo mesmo da experiência de cada um, e que implica um uso difícil da confiança do leitor. Assim também as primeiras obras apresentadas, na medida em que se limitarem a esses recenseamentos de estruturas parciais, mas positivas, arriscam aparecer como demasiado prudentemente empiristas, e vossa inserção no conjunto do movimento dialético não aparecerá claramente: elas correspondem, todavia, a uma fase necessária. Tanto quanto for possível, tentaremos não separar desses recenseamentos objetivos o exame dos problemas de metodologia que lhes estão ligados e que lhes relativizam o alcance. Mas não se deve dissimular que este exame, pela conversão intelectual prévia que exige, apela no filósofo a uma ordem de preocupações que até agora não habitam os próprios praticantes desses recenseamentos, e que estas duas funções se encontram ainda separadas. Integrá-las uma na outra será um dos objetivos da coleção. O esoterismo não pode mais contentar-se hoje em delimitar-se mais ou menos nitidamente das novas disciplinas que, tais como a psicanálise, a astrologia ou a parapsicologia, inclusive a sociologia, lhe tomam emprestado o vocabulário e apelam à vossa interpretação dos ritos ou dos mitos. Constatar-se-á então que a obra de saneamento empreendida por Guénon em relação ao espiritismo ou à teosofia não foi senão o começo de uma tarefa muito mais vasta e de elucidações muito mais exigentes. O esoterismo integrará o método e os ganhos fenomenológicos ou então será reduzido a um puro e simples dogmatismo exegético. Mas se integrar realmente este método e estes ganhos, e se, ao fazê-lo, neles se fundir, ele subverterá os fundamentos da astrologia, da parapsicologia e das psicanálises, ou, mais exatamente, lhes dará os fundamentos que ainda lhes faltam. |
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| La collection « Correspondances » se trouve ainsi placée devant la nécessité d'une synthèse dont la difficulté n'échappe à personne; De la présentation littérale d'un texte traditionnel jusqu'à la reconstitution phénoménologique du symbolisme, en passant par le recensement et l'organisation « objective » des structures psychanalytiques, la distance est considérable. C'est cette distance qu'il faut couvrir. Présenter d'autre part une méthodologie de l'ésotérisme débouchant à la limite dans cette démonstration qu'il faut abolir l'ésotérisme, c'est une tentative paradoxale dont le sens ne pourra être compris que rétrospectivement, au terme même de l'expérience de chacun, et qui implique un usage difficile de la confiance du lecteur. Aussi bien les premiers ouvrages présentés, dans la mesure où ils se borneront à ces recensements de structures partielles, mais positives, risquent-ils d'apparaître trop prudemment empiristes, et leur insertion dans l'ensemble du mouvement dialectique n'apparaîtra-t-elle pas clairement : ils correspondent pourtant à une phase nécessaire. Autant que faire se pourra, nous essaierons de ne pas séparer de ces recensements « objectifs » l'examen des problèmes de méthodologie qui leur sont liés et qui en relativisent la portée. Mais il ne faut pas se dissimuler que cet examen, par la conversion intellectuelle préalable qu'il exige, fait appel chez le philosophe à un ordre de préoccupations qui jusqu'ici n'habitent pas les praticiens de ces recensements eux-mêmes, et que ces deux fonctions se trouvent encore séparées. Les intégrer l'une dans l'autre sera un des buts de la collection. L'ésotérisme ne peut plus se contenter aujourd'hui de se délimiter plus ou moins nettement des nouvelles disciplines qui, telles la psychanalyse, l'astrologie ou la parapsychologie, voire la sociologie, lui empruntent son vocabulaire et font appel à son interprétation des rites ou des mythes. On constatera alors que l'œuvre d'assainissement entreprise par Guenon à l'égard du spiritisme ou de la théosophie ne fut que le commencement d'une tâche bien plus vaste et d'élucidations bien plus exigeantes. L'ésotérisme intégrera la méthode et les acquis phénoménologiques ou bien il sera réduit à un pur et simple dogmatisme exégétique. Mais s'il intègre réellement cette méthode et ces acquis, et si, ce faisant, il s'y confond, il bouleversera les fondements de l'astrologie, de la parapsychologie et des psychanalyses, ou, plus exactement, il leur donnera les fondements qui leur manquent encore. | |
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